Article paru dans l’Est Républicain le 4 février 2017

Questions à Fabien Faul, maître de conférences, Département de théologie, Université de Lorraine
Propos recueillis par Stéphanie Schmitt


De l'homme «réparé» à l'homme «augmenté» ?

C'est une question anthropologique. Faut-il considérer que les capacités de l'humain sont finies? Est-ce qu'il faut renoncer à les augmenter ?
On parle là de mécanique, d'implants, d'électronique, etc. Mais quel être humain veut-on mettre en place ? Est-ce une libération, un asservissement à des machines ? Ou l'accès à une humanité supérieure ?


On parle aujourd'hui de « mort de la mort» ...

L’humanité est-elle en mesure d'être éternelle ? La question éthique est de savoir si cela est souhaitable. L’apport théologique et philosophique concerne l'au-delà. Est-ce que l'on envisage qu'il y ait un au-delà diffèrent de la mort ?
Derrière cela se pose la question d'une anthropologie purement positiviste, où la médecine s'intéresse aux humains en tant qu'organismes.
Sommes-nous fonder à faire tout ce qui est techniquement possible?


Vie éternelle, pouvoir d'augmenter l'homme... Les transhumanistes sont-ils les techno-prophètes d'une religion 2.0 ?

Si on développe des techniques qui donnent une certaine maîtrise sur la vie et sa durée en se mettant en concurrence avec Dieu, on induit que c'est Dieu qui exerce un pouvoir, une maîtrise sur la vie, etc.
Cette image de Dieu ne correspond pas nécessairement à toutes les religions.


Mi-homme mi-machine. Quid de l'âme?

Cela pose la question de la spécificité de l'être humain. Pour l'instant, les expériences d'intelligence artificielle restent dans le domaine de données définies. Même si on peut donner à des machines une sorte de personnalité qui donne l'impression d'être en contact avec un sujet, il me semble qu'on reste dans un cercle circonscrit de données qui ne correspond pas au soi transcendant du sujet humain. Celui-ci est, malgré tout, au-delà des calculs complexes et des algorithmes.
C'est une position philosophique et théologique. Indépendamment de toute croyance. Quand on parle d'homme amélioré, on parle selon des critères de ce qui apparaît comme « bien» et c'est là que se pose à nouveau la question éthique. Qu'est-ce qu'une bonne chose pour l'être humain?