Repenser la théologie dans la pluralité religieuse

Communiqué du département de théologie
de l’Université de Lorraine,
à l’occasion du déploiement d’une nouvelle offre de formation
unique en France

 


Le centre autonome d’enseignement de pédagogie religieuse (CAEPR – département de théologie) a été créé en 1974 au sein de l’Université de Metz à l’initiative du diocèse de Metz, de concert avec les fondateurs de l’Université de Metz, et compte tenu du statut local de la Moselle, comme lieu de formation des clercs et des laïcs chargés de l’enseignement religieux. Ce double statut a toujours conféré au Centre une identité originale, tant vis-à-vis des autres structures de l’Université que des instituts privés de formation théologique. Il a toujours allié le souci d’une formation théologique articulée à la foi (avec un accent particulier sur la question de son enseignement dans les établissements scolaires), et la démarche libre, critique et contradictoire propre au monde académique.

Récemment, les autorités du diocèse de Metz ont annoncé leur choix de se dissocier du CAEPR et de créer une institution distincte de l’Université pour assurer la formation des cadres du diocèse. Nous regrettons ce choix, car nous sommes convaincus de la pertinence d’une pratique académique de la théologie, en particulier lorsqu’elle est devant le défi de s’approprier les questions de société d’une époque. D’une part, la théologie gagne en visibilité et en crédibilité à être insérée parmi toutes les disciplines du savoir. D’autre part, les étudiants, qu’ils soient clercs, laïcs, athées ou agnostiques, retirent un enrichissement mutuel à suivre une formation en commun.

Nous pensons cependant qu’il y a là également une opportunité à saisir, dans un contexte de mutations importantes du rapport au religieux dans notre société. Ces mutations posent à nouveau la question de la présence universitaire de la théologie. D’abord, l’enseignement de la théologie catholique ou même chrétienne à l’Université perd de son évidence, et pas seulement en France. Aussi bien en Suisse qu’au Québec, en Allemagne ou en Belgique, on constate que les facultés de théologie s’interrogent sur leur place et leur mission. Il en est ainsi car le christianisme n’est plus structurant dans ces sociétés, et les institutions qui le portaient sont mises en question. En outre, la mondialisation et la plus grande visibilité en Europe de populations religieuses non chrétiennes, en particulier musulmanes, pose la question de la présence de théologies elles aussi non chrétiennes au sein de l’Université. En tout état de cause, l’enseignement et la recherche en théologie sont désormais indissociables de la question de la religion dans un espace public multi ou a-confessionnel, d’une part, et de la réflexion inter-religieuse, d’autre part. Et il nous semble que l’on ne peut plus faire de la théologie à l’Université sans prendre en compte ces données.

C’est pourquoi nous avons décidé d’offrir, dans les années qui viennent et dès la rentrée de septembre 2018, une formation en théologieS, en insistant sur le pluriel. À partir du socle de nos enseignements actuels, qui sera progressivement renouvelé, nous comptons offrir une proposition d’enseignements qui intègre en particulier certains aspects des théologies juives et musulmanes. Cette formation permettra de réfléchir aux interconnexions mais aussi aux différences et aux apports mutuels possibles de ces différentes traditions monothéistes. Dans cette perspective, l’équipe enseignante sera elle aussi renforcée et diversifiée.

Il ne s’agit pas, comme cela est possible et se trouve tenté dans plusieurs départements de théologie, de transformer le CAEPR en département de sciences des religions. Pas question non plus de nous contenter d’une approche strictement comparatiste, comme si chacune des traditions possédait une doctrine figée et indépendante des autres. Notre attachement au mot théologie est grand. Il recouvre une réflexion et une discussion sur les formes religieuses historiques et sociales, et sur la compréhension de la foi par elle-même. Cela n’intéresse pas seulement les fidèles de telle ou telle religion, mais aussi celles et ceux qui veulent comprendre de l’intérieur ce qui se joue dans le religieux, et dans l’humain.

Bien sûr, un tel virage ne se fera pas en quelques mois. Il ne se fera pas non plus sans une réflexion scientifique de fond sur la nature même de la théologie et des théologies. Nous avons commencé à la mener, et nous la poursuivrons dans les mois et années qui viennent à travers différents programmes de recherche. Nous espérons ainsi contribuer à relever des défis parmi les plus importants de nos sociétés.